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S’expatrier en Italie : fiscalité et conseils pour vivre en Italie quand on est Français

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L’Italie attire les Français pour de bonnes raisons : la proximité, le coût de la vie, une qualité de vie difficile à chiffrer mais bien réelle, et une série de régimes fiscaux parmi les plus agressifs d’Europe pour attirer les nouveaux résidents.

Ce que les brochures d’expatriation disent moins, c’est que le passage France-Italie est l’un des plus techniques du réseau conventionnel français. La convention fiscale de 1989 contient des dispositions qui, sur les pensions notamment, produisent depuis plusieurs années un contentieux persistant entre les deux administrations. Et l’écart entre le salaire brut et le net italien n’a rien à voir avec les repères français.

Ce guide entre dans le détail : résidence fiscale, salaires réels, impôts, régimes de faveur, banque et obligations déclaratives. Il s’adresse à celui qui a déjà décidé de partir et qui veut chiffrer sérieusement son projet.

Le préalable à tout : votre codice fiscale

Avant d’entrer dans le détail, une précision pratique qui conditionne l’ensemble de ce qui suit.

Chacune des démarches décrites dans cet article – ouvrir un compte bancaire, signer un contrat de travail, créer une partita IVA, déposer une déclaration, opter pour un régime de faveur – suppose que vous disposiez d’un codice fiscale. C’est l’identifiant fiscal italien, seize caractères, délivré par l’Agenzia delle Entrate. Il n’est pas réservé aux résidents : un non-résident qui achète un bien, hérite en Italie ou investit dans une société italienne en a besoin tout autant.

C’est aussi la seule étape du projet qui se règle intégralement depuis la France, et donc celle qu’il faut traiter en premier. Le service fiscalcodeitaly.it/fr, opéré par le cabinet ILF Law Firm de Florence, permet de l’obtenir entièrement à distance : formulaire en ligne, copie de la pièce d’identité, signature numérique d’une procuration limitée. Le cabinet dépose ensuite le formulaire AA4/8 auprès de l’Agenzia delle Entrate pour votre compte, après vérification du dossier – une erreur de date ou d’orthographe suffit à faire repartir la procédure à zéro.

Deux formules : 80 € en standard, pour une délivrance sous une vingtaine de jours, ou 120 € en urgent, pour un délai d’environ une semaine. Une consultation avec un avocat italien est associée au service : c’est l’occasion de poser les questions de résidence fiscale, de régime applicable et de traitement de vos avoirs français avant de prendre des décisions irréversibles.

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La résidence fiscale : la question qui commande tout le reste

Avant de parler taux, il faut savoir de quel côté de la frontière vous serez imposable. Tout le reste en découle.

Les critères italiens

Vous êtes résident fiscal italien si, pendant la majeure partie de l’année d’imposition – plus de 183 jours -, vous remplissez l’une de ces conditions :

  • vous êtes inscrit au registre de la population résidente (l’anagrafe) d’une commune italienne ;
  • vous avez votre domicile en Italie, entendu comme le lieu où se développent principalement vos relations personnelles et familiales ;
  • vous avez votre résidence en Italie au sens du code civil ;
  • vous êtes physiquement présent en Italie, les fractions de jour comptant.

La réforme de 2024 a modifié ces critères de manière significative : le domicile est désormais défini par le centre des intérêts personnels et familiaux, et non plus par le centre des affaires. Pour un cadre qui garde son activité professionnelle en France mais dont la famille s’installe en Toscane, ce changement n’est pas neutre.

Un point que beaucoup découvrent trop tard : l’inscription à l’anagrafe est une présomption forte. Vous inscrire à la mairie italienne en septembre, en pensant que rien ne se passe côté fiscal avant l’année suivante, est une erreur classique.

Les critères français et l’année du départ

En parallèle, la France applique ses propres critères de l’article 4 B du CGI : foyer, lieu de séjour principal, activité professionnelle, centre des intérêts économiques. Il est parfaitement possible d’être considéré comme résident par les deux États simultanément.

Dans ce cas, la convention franco-italienne tranche par une cascade de critères : foyer d’habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis séjour habituel, puis nationalité, et enfin procédure amiable entre les deux administrations. La nationalité n’arrive qu’en quatrième position : être Français ne suffit jamais à rester résident fiscal français.

L’année du départ, vous déposez en France une déclaration de départ qui sépare les revenus perçus avant et après le transfert. Pensez aussi à signaler votre nouvelle adresse à votre centre des finances publiques et, le cas échéant, au Service des impôts des particuliers non-résidents.

L’exit tax : le point aveugle des entrepreneurs

Si vous détenez des participations dont la valeur globale dépasse un certain seuil, ou une participation significative dans une société, le transfert de votre domicile fiscal hors de France déclenche l’exit tax sur les plus-values latentes. Un sursis de paiement s’applique de plein droit pour un départ vers l’Italie, État membre de l’UE, mais l’obligation déclarative demeure et son oubli coûte cher.

C’est le poste à faire chiffrer en premier si vous êtes dirigeant ou associé d’une société française. Bien avant de choisir votre ville.

Combien gagne-t-on vraiment en Italie ?

Il n’y a pas de SMIC italien

C’est la première chose à intégrer. L’Italie fait partie des rares pays européens sans salaire minimum légal. Chercher « le SMIC en Italie » ne donne rien parce que la notion n’existe pas.

Les minima sont fixés branche par branche par les conventions collectives nationales (Contratti Collettivi Nazionali di Lavoro, ou CCNL). Il en existe plusieurs centaines, et deux postes identiques relevant de CCNL différents peuvent afficher des minima très éloignés. Avant de signer, la seule question utile est : de quel CCNL relève mon contrat ? Le CCNL détermine le minimum, la grille de niveaux, la durée de la période d’essai, le préavis, les congés et les treizième et quatorzième mois.

Treizième et quatorzième mois

La tredicesima est due dans presque tous les CCNL et versée en décembre. La quattordicesima existe dans une partie des branches, versée en juin ou juillet. Conséquence pratique : un salaire annuel italien se raisonne sur 13 ou 14 mensualités, pas sur 12. Une annonce affichant « 30 000 € » sans préciser la base est inexploitable – demandez systématiquement la RAL, la retribuzione annua lorda, qui est le brut annuel toutes mensualités comprises.

Le TFR

À chaque fin de contrat, quelle qu’en soit la cause – y compris une démission -, le salarié perçoit le trattamento di fine rapporto. C’est une somme accumulée tout au long du contrat, à raison d’environ une mensualité par année d’ancienneté, revalorisée. Il n’a pas d’équivalent français direct : ce n’est ni une indemnité de licenciement, ni une prime. Dans une négociation salariale, c’est une part de rémunération différée qu’il faut intégrer au calcul.

L’écart Nord-Sud

Le salaire moyen en Italie est sensiblement inférieur au niveau français, mais la moyenne nationale ne veut pas dire grand-chose. La Lombardie, l’Émilie-Romagne, le Trentin et la Vénétie affichent des niveaux proches des standards d’Europe du Nord ; la Campanie, la Calabre ou la Sicile en sont très loin.

Le coût de la vie suit la même carte, mais pas dans les mêmes proportions : le logement à Milan a rattrapé les grandes métropoles européennes, tandis que l’alimentation, la restauration et les services restent nettement moins chers que dans les grandes villes françaises. Comparer « salaire italien » et « salaire français » n’a aucun sens ; comparer « Milan » et « Lyon », ou « Bari » et « Montpellier », en a un.

Du brut au net : la mécanique de l’impôt italien

L’IRPEF et ses trois tranches

L’impôt sur le revenu italien, l’IRPEF, comporte depuis 2024 trois tranches. La loi de finances 2026 a abaissé de deux points la tranche intermédiaire :

Revenu imposableTaux 2026
jusqu’à 28 000 €23 %
de 28 001 à 50 000 €33 %
au-delà de 50 000 €43 %

La tranche supérieure se déclenche à 50 000 €, soit beaucoup plus bas qu’en France. Un cadre à 60 000 € de revenu imposable atteint donc le taux marginal maximal italien, là où il serait encore à 30 % en France. C’est le point qui surprend le plus les cadres français : l’Italie taxe moins les bas revenus et plus vite les revenus intermédiaires.

Les additionnelles régionales et communales

À l’IRPEF s’ajoutent une addizionale regionale et une addizionale comunale, dont les taux varient selon la région et la commune de résidence. L’écart entre une région à taux plancher et une région en plan de redressement financier n’est pas anecdotique : sur un revenu de 50 000 €, il peut représenter plus de mille euros par an.

Ce paramètre se choisit. Il fait partie des critères à regarder au moment d’arbitrer entre deux villes, au même titre que le loyer.

Les cotisations sociales

Le salarié supporte une cotisation de l’ordre de 9 à 10 % du brut. L’employeur en supporte à peu près trois fois plus. Le résultat, pour un salarié, est un rapport brut-net souvent plus favorable qu’en France sur les bas et moyens salaires, et qui se dégrade rapidement au-delà du seuil de 50 000 €.

Autre différence structurelle : l’employeur italien joue le rôle de sostituto d’imposta et prélève l’impôt à la source, avec un ajustement annuel. Un salarié mono-employeur sans autre revenu n’a souvent aucune déclaration à déposer.

Travailler à son compte : le régime forfettario

C’est le point où l’Italie devient objectivement plus attractive que la France pour un indépendant.

Le regime forfettario est ouvert aux personnes physiques exerçant une activité d’entreprise, artistique ou professionnelle, dans la limite de 85 000 € de chiffre d’affaires annuel. Il fonctionne ainsi :

  • le revenu imposable ne se calcule pas en déduisant les charges réelles, mais en appliquant au chiffre d’affaires un coefficient de rentabilité dépendant du code d’activité (l’ATECO) – 78 % pour la plupart des professions libérales, 40 % pour le commerce, etc. ;
  • sur ce revenu s’applique une imposition substitutive unique de 15 %, ramenée à 5 % pendant les cinq premières années d’activité si l’on n’a pas exercé la même activité auparavant ;
  • cette imposition remplace l’IRPEF, les additionnelles régionales et communales, et l’IRAP ;
  • pas de TVA facturée, pas de retenue à la source appliquée par les clients.

Les cotisations sociales restent dues séparément – gestione separata de l’INPS pour les professions libérales sans caisse propre, avec un taux d’environ un quart du revenu imposable, ou cotisations forfaitaires pour les artisans et commerçants.

Les conditions de sortie et les causes d’exclusion comptent autant que le taux. À retenir :

  • au-delà de 85 000 € mais sous 100 000 €, on bascule au régime ordinaire l’année suivante ; au-delà de 100 000 €, la sortie est immédiate, avec obligation d’appliquer la TVA à partir de l’opération qui a fait franchir le seuil ;
  • les dépenses de personnel et de collaborateurs ne doivent pas dépasser 20 000 € ;
  • on ne peut pas cumuler avec un revenu salarié ou de pension supérieur à un plafond, fixé à 35 000 € pour 2026 par dérogation, contre 30 000 € en régime de droit commun ;
  • facturer majoritairement son ancien employeur, ou une société de son groupe, est une cause d’exclusion. C’est le piège numéro un du salarié français qui « passe indépendant » en gardant son client historique.

Deux obligations techniques dès le premier jour : la facturation électronique, obligatoire pour la quasi-totalité des opérations et transitant par le Sistema di Interscambio, et une adresse PEC – courrier électronique certifié à valeur légale.

Les régimes de faveur : ce qu’ils valent réellement en 2026

L’Italie a construit trois dispositifs distincts. Ils ne s’adressent pas aux mêmes personnes et ne couvrent pas les mêmes revenus.

Le régime des impatriés

Refondu en 2024 par le décret législatif 209/2023, il exonère 50 % des revenus de travail produits en Italie, dans la limite de 600 000 € de revenu annuel, pendant cinq ans.

Les conditions se sont durcies : ne pas avoir été résident fiscal italien pendant les trois années précédentes (davantage si l’on rejoint le même groupe qu’auparavant), s’engager à rester résident plusieurs années, exercer l’activité principalement sur le territoire italien, et satisfaire à une condition de haute qualification ou de spécialisation. Le dispositif est nettement moins généreux que dans sa version antérieure, où l’abattement pouvait atteindre 70 ou 90 %.

C’est le régime pertinent pour un cadre recruté par une entreprise italienne, ou pour un indépendant qui transfère son activité.

Le régime des néo-résidents fortunés

L’article 24-bis du TUIR permet de substituer aux règles ordinaires une imposition forfaitaire annuelle sur l’ensemble des revenus de source étrangère, quel que soit leur montant, pendant quinze ans au maximum. La condition d’accès est de ne pas avoir été résident fiscal italien pendant au moins neuf des dix années précédentes.

Le montant a été relevé deux fois en peu de temps : 100 000 € à l’origine, 200 000 € à partir d’août 2024, et 300 000 € pour ceux qui transfèrent leur résidence à compter du 1er janvier 2026. L’extension aux membres de la famille passe de 25 000 € à 50 000 € par personne. Ceux qui avaient opté avant conservent le montant en vigueur au moment de leur option.

Les revenus de source italienne restent soumis à l’IRPEF ordinaire. Le calcul de rentabilité est donc simple : le régime devient intéressant à partir d’un revenu étranger de l’ordre du million d’euros. En deçà, il coûte plus qu’il ne rapporte.

Le régime des retraités étrangers

L’article 24-ter du TUIR applique une imposition substitutive de 7 % sur l’ensemble des revenus de source étrangère – pas seulement la pension, mais aussi les dividendes, les loyers et les plus-values – pendant dix années d’imposition.

Conditions : transférer sa résidence fiscale depuis un pays lié à l’Italie par un accord de coopération administrative, percevoir une pension de source étrangère, et s’installer dans une commune de l’une des huit régions du Mezzogiorno – Abruzzes, Molise, Campanie, Pouilles, Basilicate, Calabre, Sicile, Sardaigne – ou dans certaines communes sismiques du Centre.

Nouveauté 2026 : le plafond démographique des communes éligibles est passé de 20 000 à 30 000 habitants. L’élargissement fait entrer dans le dispositif un nombre significatif de villes moyennes qui en étaient jusqu’ici exclues, ce qui change beaucoup la donne pour qui ne voulait pas s’installer dans un village isolé.

Le régime dispense en outre du suivi fiscal des avoirs étrangers (le fameux quadro RW) et des impôts patrimoniaux IVIE et IVAFE.

Le piège que presque personne n’anticipe : les pensions françaises

Voici le point le plus important de cet article pour un retraité français, et celui qui contredit le discours commercial ambiant.

La convention franco-italienne du 5 octobre 1989 traite les pensions dans ses articles 18 et 19, et elle distingue trois cas.

Les pensions privées – assurance-vie, épargne retraite, régimes non obligatoires – versées au titre d’un emploi antérieur ne sont imposables que dans l’État de résidence, donc en Italie.

Les pensions de la fonction publique française restent imposables uniquement en France, sauf si le bénéficiaire est ressortissant italien sans être Français. Un fonctionnaire retraité qui s’installe en Italie ne déplace donc pas l’imposition de sa pension.

Les pensions de sécurité sociale – et c’est là que tout se joue – relèvent du paragraphe 2 de l’article 18, qui prévoit qu’elles « sont imposables » dans l’État qui les verse. La formulation ne dit pas « ne sont imposables que ». Le ministère français des finances, saisi à plusieurs reprises par des parlementaires, a confirmé la lecture : il s’agit d’une imposition partagée et non exclusive. La France et l’Italie sont toutes deux fondées à imposer, à charge pour l’État de résidence – l’Italie – d’éliminer la double imposition par un crédit d’impôt.

Un échange de lettres du 20 décembre 2000 a précisé ce que recouvre la notion côté français : il s’agit des régimes obligatoires, ce qui inclut le régime général, les régimes spéciaux, ainsi que les complémentaires obligatoires AGIRC-ARRCO et IRCANTEC. Autrement dit : l’essentiel d’une retraite française typique.

Depuis 2021, l’administration fiscale italienne réclame à des retraités français l’impôt italien sur ces pensions, parfois de manière rétroactive et assortie de pénalités et d’intérêts. Le sujet a fait l’objet de plusieurs questions écrites au Sénat et à l’Assemblée nationale, et d’un dialogue renforcé entre les deux administrations, sans que la difficulté d’application soit à ce jour tranchée de façon définitive.

Les conséquences pratiques sont lourdes :

  1. Ne partez pas du principe que votre retraite française cessera d’être imposée en France. Pour l’essentiel des pensions du régime général et complémentaires obligatoires, elle continue de l’être.
  2. Le mécanisme du crédit d’impôt neutralise en théorie la double imposition, mais il suppose une déclaration italienne correcte, des justificatifs français, et il vous laisse en pratique imposé au plus élevé des deux niveaux.
  3. L’articulation avec le régime des 7 % mérite une vérification préalable au cas par cas. Une imposition substitutive et un crédit d’impôt pour impôt étranger ne se combinent pas mécaniquement, et le gain affiché du régime peut se révéler très inférieur à ce qu’annonce une simulation naïve.

Si votre projet d’installation repose sur l’économie fiscale attendue sur votre pension, faites-la chiffrer par un professionnel maîtrisant les deux systèmes avant de transférer votre résidence. C’est un arbitrage qui se joue en amont et qui ne se rattrape pas.

La banque : ouvrir un compte en Italie, garder son compte français

Ouvrir un compte italien

Une banque italienne demande une pièce d’identité, le codice fiscale et, pour les établissements traditionnels, un justificatif de résidence. Sans code fiscal, aucun compte ne s’ouvre : c’est l’identifiant qui alimente les obligations anti-blanchiment et la communication à l’administration fiscale.

Les banques en ligne et néobanques acceptent des dossiers plus légers, souvent sans justificatif de domicile italien. C’est pratique pour la période de transition, mais un IBAN étranger peut poser problème au moment de domicilier un salaire, de prélever certaines factures ou de constituer un dossier de prêt immobilier – même si tout refus fondé sur le seul pays de l’IBAN est contraire au règlement européen sur les virements.

Quelques particularités à connaître :

  • une imposta di bollo annuelle frappe les comptes courants dont le solde moyen dépasse un certain seuil, et une taxe proportionnelle s’applique aux comptes-titres ;
  • le plafond des paiements en espèces est nettement plus bas que ce que beaucoup imaginent, et les sanctions en cas de dépassement s’appliquent aux deux parties à la transaction ;
  • le virement instantané est très répandu, mais les frais bancaires courants sont en moyenne supérieurs à ce qu’un client français a l’habitude de payer.

Garder ses comptes français : l’obligation déclarative

C’est l’autre erreur classique. Devenu résident fiscal italien, vous restez naturellement libre de conserver vos comptes, votre assurance-vie et votre PEA en France. Mais vous devez alors :

  • déclarer ces avoirs dans le quadro RW de votre déclaration italienne, au titre du suivi fiscal des actifs détenus à l’étranger – l’obligation vise la détention, pas seulement les revenus ;
  • acquitter l’IVAFE, l’impôt patrimonial sur les actifs financiers détenus à l’étranger, et l’IVIE si vous conservez un bien immobilier en France ;
  • déclarer en Italie les revenus de ces avoirs, en appliquant le cas échéant le crédit d’impôt conventionnel.

L’échange automatique d’informations entre administrations rend ces avoirs parfaitement visibles. Les sanctions italiennes en cas d’omission du quadro RW sont proportionnelles au montant non déclaré et se cumulent sur plusieurs années : c’est une des régularisations les plus coûteuses que rencontrent les expatriés français.

Une nuance importante : l’assurance-vie française n’a pas d’équivalent fiscal italien. Son traitement de l’autre côté de la frontière ne reproduit pas les abattements et la fiscalité successorale auxquels vous êtes habitué. Si elle représente une part significative de votre patrimoine, c’est un point à faire auditer avant le départ, pas après.

Déclarer en Italie : qui, quoi, quand

Le calendrier fiscal italien s’articule autour de deux formulaires :

  • le modèle 730, simplifié, pour les salariés et les retraités disposant d’un sostituto d’imposta, avec une version pré-remplie mise à disposition par l’Agenzia delle Entrate ;
  • le modèle Redditi Persone Fisiche, pour les indépendants, les titulaires de revenus étrangers et tous ceux qui doivent remplir le quadro RW.

Un salarié français installé en Italie qui a conservé ne serait-ce qu’un livret d’épargne en France bascule automatiquement sur le second formulaire.

Le solde de l’impôt se règle en principe fin juin, avec possibilité de report moyennant une légère majoration, et un système d’acomptes – deux versements en cours d’année sur la base de l’impôt de l’exercice précédent – qui déstabilise souvent les nouveaux arrivants la deuxième année : on paie alors le solde de l’année écoulée et le premier acompte de l’année en cours à quelques semaines d’intervalle.

Le recours à un commercialista n’est pas obligatoire mais devient rapidement indispensable dès qu’il y a des revenus étrangers, un quadro RW ou une option pour un régime de faveur. Comptez cet honoraire dans votre budget d’installation : c’est un coût récurrent, et c’est le moins cher des postes comparé au prix d’une régularisation.

Les huit erreurs les plus coûteuses

  1. S’inscrire à l’anagrafe sans avoir chiffré les conséquences fiscales. L’inscription bascule votre résidence fiscale ; elle se planifie, éventuellement en fin d’année.
  2. Partir sans traiter l’exit tax quand on détient des participations françaises.
  3. Croire que la pension française cessera d’être imposée en France. Pour les régimes obligatoires, elle continue de l’être.
  4. Opter pour un régime de faveur sans simulation chiffrée. Le régime des néo-résidents à 300 000 € n’a de sens qu’au-delà d’un certain niveau de revenu étranger, et le régime des 7 % suppose un choix de commune contraignant.
  5. Ouvrir une partita IVA forfettaria en gardant son ancien employeur comme client principal – cause d’exclusion.
  6. Oublier le quadro RW pour les comptes, assurances-vie et biens restés en France.
  7. Négocier un salaire italien sur douze mois en ignorant la RAL, les treizième et quatorzième mois et le TFR.
  8. Attendre d’être en Italie pour demander le codice fiscale, et se retrouver bloqué sur le bail, le compte bancaire et le contrat de travail en même temps.

Ce qu’il faut retenir

L’Italie n’est pas systématiquement plus douce fiscalement qu’on ne le croit. Elle l’est nettement pour un indépendant sous le seuil du régime forfettario, pour un retraité éligible au régime du Mezzogiorno, et pour un salarié aux revenus modérés. Elle l’est beaucoup moins pour un cadre au-delà de 50 000 €, et pas du tout pour un retraité de la fonction publique.

Ce qui départage ces situations n’est pas le pays, c’est l’arbitrage fait en amont : la date du transfert de résidence, le régime choisi, le traitement des avoirs restés en France. Ces décisions se prennent avant le déménagement et se rattrapent difficilement après.

Le premier geste concret, et le seul qui se règle depuis la France, reste l’obtention du codice fiscale, qui débloque toutes les démarches suivantes.

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